“L'avis du Sommelier”
L’appellation d’origine protégée Jurançon est située dans le sud-ouest de la France dans le département des Pyrénées-Atlantiques, au pied des Pyrénées et au sud de la ville de Pau. Le vignoble couvre environ 1000 à 1100 hectares répartis sur une quarantaine de communes principalement situées sur les coteaux du piémont pyrénéen, entre 200 et 400 mètres d’altitude. L’appellation produit exclusivement des vins blancs déclinés en deux styles distincts, Jurançon sec et Jurançon moelleux. La production annuelle moyenne se situe autour de 40 000 à 45 000 hectolitres. Le climat est de type océanique avec une forte influence montagnarde caractérisée par des précipitations annuelles d’environ 1100 à 1300 millimètres, des automnes longs et ensoleillés favorisant la maturation tardive des raisins et l’effet du vent chaud et sec appelé foehn qui permet la concentration naturelle des baies. Les sols sont très variés et composés principalement de poudingues silico-argileux appelés poudingues de Jurançon, de marnes, d’argiles et de calcaires qui apportent aux vins structure, fraîcheur et complexité. L’encépagement est dominé par des cépages autochtones du piémont pyrénéen. Le petit manseng représente généralement plus de la moitié du vignoble et se distingue par sa forte acidité naturelle et sa capacité à atteindre de hauts niveaux de maturité. Le gros manseng est également largement utilisé pour les vins secs pour son expression aromatique et sa vivacité. Des cépages plus rares complètent l’encépagement comme le courbu, le camaralet et le lauzet. Les rendements maximum autorisés sont d’environ 60 hectolitres par hectare pour les vins secs et autour de 40 hectolitres par hectare pour les vins moelleux, mais les rendements réels sont souvent plus faibles dans les domaines qualitatifs. Les vendanges sont généralement manuelles et peuvent s’étendre d’octobre à décembre pour les vins moelleux grâce à des tries successives de raisins surmûris voire passerillés sur pied. Les vins secs sont caractérisés par une forte fraîcheur, des arômes d’agrumes, de fruits exotiques et de fleurs blanches, tandis que les vins moelleux développent des notes de fruits confits, de miel, d’ananas et d’épices avec un équilibre marqué par une acidité structurante qui assure leur capacité de garde. Les grands Jurançon peuvent vieillir plusieurs décennies et constituent l’une des expressions les plus originales et qualitatives des vins blancs du sud-ouest français.
+ sur le domaine
Vignoble et vinification
Camin Larredya-Jean-Marc Grussaute
Cépages : 66% Gros Manseng et 33% Petit Manseng
Sols : argilo-siliceux sur sous-sols de poudingues altérés.
Age des vignes : 25 ans (de 10 à 80 ans) Altitude : de 250 à
325 mètres.
Taille : Guyot simple pour les jeunes vignes et double pour
les âgées.
Densité de plantation : de 3300 à 6250 pieds/ha.
Rendements : 35 hl/ha Vendanges : manuelles en octobre.
Vinification : sans égrappage, pressurage direct,
fermentations en levures indigènes en fûts de 225 L (5% de neufs) et foudres de
2 500 L. thermorégulés, fermentation malolactique partiellement effectuée.
Elevage : 8 mois sur lies, en fûts de 225 L, foudres de 2
500 L, jarre de terre cuite (33%, 33%, 34%) Production : 20 000 cols
Les vins du domaine
Le
Domaine Camin Larredya est situé à La Chapelle-de-Rousse, au cœur de
l’appellation Jurançon dans le Béarn, face à la chaîne des Pyrénées. L’histoire
du lieu est très ancienne puisque le nom « Larredya » apparaît déjà dans des
documents datant du XIVᵉ siècle et désigne à l’origine un lieu où l’on
fabriquait des bardeaux de châtaignier pour les toitures. La propriété
familiale est acquise par la famille Grussaute autour de 1900 et fonctionne
longtemps comme une ferme agricole polyculture-élevage où la vigne côtoie
d’autres productions. La viticulture moderne se développe à partir des années
1960 avec la replantation du vignoble après les ravages du phylloxéra. Les
raisins sont d’abord livrés à la coopérative avant que la première mise en
bouteille au domaine ait lieu en 1975. En 1988, Jean-Marc Grussaute reprend
officiellement le domaine familial, alors composé d’environ 4 hectares de
vignes. Il entreprend progressivement une transformation profonde du vignoble,
replante des cépages autochtones issus de sélections massales et développe une
production de vins de terroir qui vont contribuer au renouveau qualitatif de
l’appellation Jurançon. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur environ 9 à 12
hectares de vignes et s’impose comme l’une des références majeures du Sud-Ouest
français.
Le vignoble est conduit en agriculture biologique avec une approche proche de
la biodynamie et un travail très précis des sols et des terroirs. Les vignes
sont situées pour partie sur des coteaux escarpés et des terrasses exposées
face aux Pyrénées, sur des sols de poudingues silico-argileux riches en galets
roulés ainsi que sur certaines parcelles calcaires d’altitude. Les sols sont
labourés et parfois enherbés avec des céréales et des légumineuses afin de
maintenir leur vitalité. Les vendanges sont exclusivement manuelles et les
maturités sont suivies avec précision afin de préserver l’équilibre naturel des
raisins. Au chai, les fermentations sont réalisées avec des levures indigènes
et l’intervention œnologique est volontairement limitée. Les pressurages sont
longs et doux, pouvant durer plusieurs heures afin d’extraire progressivement
les jus. Les élevages sont réalisés dans différents contenants tels que
foudres, barriques ou cuves spécifiques comme des cuves béton en forme d’œuf,
dans le but de préserver l’expression du fruit et du terroir.